LA BANQUE DES ETATS DE L’AFRIQUE CENTRALE VIENT DE REVETIR UNE NOUVELLE AUBE
Lors du 10è sommet de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) qui s’est tenu à Bangui, la capitale de la République Centrafricaine (RCA), la question du fonctionnement et du dysfonctionnement de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC), et les différentes stratégies à mettre en place pour la survie de cette institution sous-régionale ont constitué l’un des points les plus épineux de ce sommet.
En effet, l’idée de la création de la BEAC remonte en 1959, lorsque cinq Etats de l’Afrique équatoriale (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon et le Tchad) décident de se regrouper autour d’un Institut Commun dénommé Banque Centrale des Etats de l’Afrique Equatoriale et du Cameroun «B.C.E.A.E.C.» Il faut alors attendre 1972, pour que la BEAC voie le jour, lors de la signature à Brazzaville (Congo) d’une convention de coopération monétaire. Et il faut attendre 1973, pour qu’enfin la BEAC entre effectivement en fonction. Commencée à cinq, la Guinée équatoriale fera son entrée à la BEAC en 1985, devenant ainsi le sixième pays.
Ainsi, lors de ce dernier sommet, les dirigeants des pays membres de la BEAC ont décidé d’opérer des mutations dans le fonctionnement de cette institution, en mettant fin aux accords de Fort Lamy (Actuel N’Djamena en Tchad) signé en 1973, sur la répartition des postes au sein même de cette structure qu’est la BEAC. C’est ainsi qu’au terme de ces accords de Fort Lamy, les dirigeants des pays membres décidèrent que le poste de gouverneur revienne au Gabon, celui de vice-gouverneur au Congo ou au Tchad et le Cameroun abritant le siège central. Pour ce somment, ils sont partis sur des nouvelles bases, mettant de ce fait fin au Contentieux de Fort-Lamy et faisant revêtir ainsi cette organisation de la sous-région d’une « nouvelle aube », puis que le sommet a adopté le « principe de rotation par ordre alphabétique des Etats membres au niveau de toutes les institutions, organes et institutions spécialisées de la Communauté. »
De ce fait, la nomination de Lucas ABAGA NCHAMA, équato-guinéen, au poste de gouverneur de la BEAC le 17 janvier 2010 inaugure ce principe de « rotativité » et constitue pour la BEAC, la fin d’une époque. Mais il est à noter que cette nomination arrive au moment même où la BEAC est secouée de l’extérieure comme de l’intérieure.
Mr NCHAMA remplace et succède au Gabonais Philibert ANDZEMBE dont le départ avait été pressenti et attendus par la plupart des observateurs aguerris et les économistes. Et cela pour deux raisons fondamentales : la perte par la Banque de plus de 15 milliards de F.CFA et la révélation de détournements de fonds et des placements à hauts risques ayant mal tourné, qui constituent à n’en point douter, une mauvaise gestion de la banque, accompagnée de la mauvaise gouvernance.
En optant pour une logique « rotative », les chefs des Etats de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale ont voulu redorer le blason de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale et mettre fin à l’hégémonie gabonaise dans la gestion de la chose sous-régionale. Toujours dans cette même perspective de « rotativité », il faut noter que lors de ce sommet, la présidence de la CEMAC est revenue au président et « gourou » congolais, monsieur Denis SASSOU N’GUESSO.
Espérons que le nouveau patron saurait prendre des précautions et éviter les erreurs de son prédécesseur. Aussi, profitons-nous pour souhaiter au nouveau manager de la BEAC, toutes les chances possibles pour mener à bien les prérogatives de sa mission.
Kevin Matondo K (Correspondant de Raiz Afrique à Bordeaux)